arte-tv.com, dec. 2005 (France)

 

L’interface homme/machine

Véronique Godé

« La mutation future de l'homme est souvent abordée par le biais du clonage et des modifications génétiques or l'alternative bionique, basée sur la fusion de l'organique et de l'électronique, me semble plus prometteuse, s’engage Olivier Goulet qui mène depuis dix ans une réflexion sur la peau. Dernière mouture de son travail, le SkinBag une collection d’accessoires et vêtements de peau aux couleurs humaines dont l’artiste habilla tour à tour les intervenants du festival... pour une mue assez réussie, d’ailleurs.
Il s’agit pourtant d’une peau ridée, brûlée peut-être ? scalpée, et parfois scarifiée, qui ramène à la surface, même ce qu’elle dissimule : oscillant entre régression et anticipation, le SkinBag suscite tous les fantasmes et les angoisses qui se rapportent à la partie organique du corps. « Certains voient mes sacs comme des placentas portatifs. Leur matière troublante et molle évoque la membrane, la muqueuse, des tissus bizarres, autrement dit la partie trouble, voire informe de nous-mêmes.

Le travail d’Olivier Goulet pose clairement la question de l’identité, au moment même où la première greffe d’un visage humain soulève un débat d’éthique. Mais sa peau à lui est purement synthétique (du latex ni plus ni moins) et la démarche métaphorique : nous sommes incapables de définir clairement ce qu’est l’identité individuelle et collective. « Le nom, le visage, le souvenir, restent désespérément insuffisants pour nous définir... Les technologies numériques y parviendront t-elles de façon plus juste ? » La question reste posée.

Territoire prothétique, identitaire, Olivier a d’abord tenté de lire la peau comme une cartographie du corps, que son sens de la provocation a mené à fragmenter, numériser et vendre sur Internet en 1997. Son concept la « Vente de Territoire Par Correspondance » propose de s'approprier virtuellement le corps de quelqu'un d'autre. « VTPC consistait à brader voire liquider le corps de Gilles Virget, SDF à l’époque, donc sans espace privatif, précise l’artiste. Ce détail polémique renforce l’idée de peau comme l'ultime frontière qui distingue l’individu du reste du monde. Une critique de notre système économique et social qui repose largement sur le schéma de l'exploitation de l'autre. »

Conceptuel autant que plastique, le travail d’Olivier Goulet s’inscrit dans une démarche résolument contemporaine qui s’affranchitdes sentiers tracés par le milieu artistique  : dès 2006, ses SkinBags rejoindront un réseau de distribution commercial mondial, pour un prix public abordable, nous promet-il. Son ambition depuis le départ : trouver des partenaires à la pointe de la recherche dans le domaine des télécommunications et des capteurs en tout genre, capables d’intégrer les premiers composants dans ses membranes.


www.arte-tv.com, dec. 2005

 

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